La Monarchie capétienne,
Un pouvoir modéré
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Aux XVIII° siècle, absolu n'est nullement péjoratif. Le mot vient de l'adjectif latin absolutus qui veut dire achevé, parfait, tiré du verbe absolvere qui signifie détacher, délier. La monarchie absolue, ce n'est pas la monarchie sans limites, c'est la monarchie sans liens. C'est à dire en système où la souveraineté politique se concentre en un seul homme, qui incarnation de l'État, réunit le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Représentant de la légitimité,le roi est au service du royaume. « Nous devons considérer le bien de nos sujets bien plus que le nôtre propre, affirme Louis XIV, puisque nous sommes la tête d'un corps dont ils sont les membres ». Cette métaphore vient de la théorie du corps mystiques, l'Union du Christ et de l'Église qui se trouve chez St Paul. Elle avait été énoncé, au XV° siècle, par Jean de Terrevermeille, juriste qui avait défini la fonction royale et les règles de la succession monarchique. Au XVII° siècle, qui est une époque religieuse, l'idée est toujours vivante. Par la cérémonie du sacre, le roi , souverain par la grâce de Dieu est l'oint du seigneur, le thaumaturge qui guérit les écrouelles. Le sacre ne crée pas la légitimité, il la confirme. Mais cette légitimité fait de doute pour personne.
La monarchie en son temps n'est pas contesté. Quand on étudie, mémoires, journaux intimes ou lettre privés aucun ne mentionne un défaut de liberté, un sentiment d'oppression. Telle mesure du roi peut être source de mécontent, ses ministres peuvent être impopulaire, les grands du royaume peuvent être critiqués, mais la personne du roi, ni le principe de sa fonction n'est remis en cause, même par ceux qui en éprouve les rigueurs. « Le seul et vrai moyen d'éviter en France la guerre civile, estime Pierre Bayle, calviniste exilé, est la puissance absolue su souverain soutenue avec rigueur et armée de toute les forces nécessaires à la faire craindre ». Pasquier Quesnel, janséniste, lui aussi en exil, renchérit: « On doit regarder le roi comme le ministre de Dieu, lui être soumis et obéir parfaitement. » L'arbitraire supposé de Louis XIV ne gêne donc que les gens qui n'ont pas vécus sous son régner.
Pour entrer dans le palais, il suffit de louer une épée à l'entrée. A condition d'être propre, tout le monde est admis pour dévisager le couple royale. Si le roi avait été un autocrate haï de son peuple, il aurait cent fois l'occasion de se faire assassiner.
Le pouvoir du roi obéit à des règles codifiés. Et si les juristes ont pris le soin de le définir, c'est précisément parce que le roi n'a pas tous les droits. Les bornes de sa puissance sont d'abord inscrites dans la morale communes. Si le roi les violait ostensiblement, le royaume déliait de son devoir pourrait se révolter. La théorie du droit divin renvoie à l'inéluctable instant où chacun sera jugé sur la manière dont il s'est acquitté de sa charge terrestre. Être roi de droit divin, ce n'est pas avoir de compte à rendre à personne: c'est au contraire gouverner en se préparant à comparaître devant le juge suprême. Cela peut faire sourire les hommes du XXI° siècle, cela n'a jamais fait rire Louis XIV ni Louis XV.
Le roi gouverne, mais pas seul: 6 hommes ont rang de ministre: le chancelier, le contrôleur général des finances et quatre secrétaires d'État (guerres, affaires étrangères, marine, maison du roi).Il faut ajouter les hauts fonctionnaires: le surintendant des postes, le directeur général des bâtiments, celui des fortifications, le lieutenant général de la police, les intendants des finances, les 40 fermiers généraux. Le conseil dur roi se compose de 130 personnes. St Simon détestait Louis XIV et pourtant dans ses mémoires, il note pourtant qu'en 54 ans de règne, le roi n'a outrepassé que 6 fois les souhaits de la majorité du conseil.
Le roi détient le pouvoir législatif. Concrètement, cela ne veut pas dire que la loi reflète ses lubies. Le « bon plaisir » est encore un mythe que le latin dissipe. Depuis Charles VII, les lettres patentes des capétiens s'achevaient par l'expression « car tel est notre bon plaisir ». Or le mot plaisir, issu du verbe plasere, traduit non un caprice, mais une volonté réfléchie, un fait délibérée.
Extrait de Historiquement correct de Jean Sévillia